Un homme courageux, tout simplement

Lionel Jospin est l’un des rares hommes politiques a avoir ouvert une brèche dans la pensée unique française au Proche-Orient et affronté avec courage certains tabous. Vous vous souvenez sans doute de cette conférence de presse en février 2000, à l’hôtel King David, pendant laquelle le Premier ministre déclara sans ambages : « Nous condamnons les actes du Hezbollah et toutes les actions terroristes unilatérales, où qu’elles se mènent, contre des soldats ou des populations civiles du nord d’Israël ! » Cette déclaration unique dans les annales provoqua une véritable tempête politique en France et dans les pays arabes.

Quelques heures auparavant, David Lévy, le chef de la diplomatie israélienne, avait évoqué lors d’un entretien avec Lionel Jospin le soutien syrien au Hezbollah : « Savez-vous que chaque jour des avions-cargos iraniens bourrés d’armes et de munitions transitent par l’aéroport de Damas puis sont acheminés vers les bases du Hezbollah ? »

Samedi 24 février 2000, le premier ministre français arrive à l’université de Bir Zeit, à Ramallah, répète ses arguments devant une assistance hostile. Lionel Jospin repart sous une bordée d’insultes et une pluie de pierres. Jamais un homme politique n’avait connu un tel lynchage politique depuis… la décapitation du roi Louis XVI. A noté le soutien de Jack Lang, alors président de la commission des affaires étrangères, qui déclare : « Jospin n’a fait que constater une réalité qui constitue un obstacle majeur au processus de paix. »

Battu lors des dernières élections présidentielles, il assiste au triomphe obscène de Jacques le Grand, autoproclamé grand timonier. Après une longue traversée du désert, cette homme courageux ne peut que forcer le respect, à défaut d’une admiration, de ses adversaires.