« Toi, ti vas voter pour Sarkozy »

« Chaque jour qui passe, la police de la pensée marque des points. Même au bistrot, il faut tourner sept fois sa langue dans sa bouche avant de sortir une bêterie qui doit être conforme, sous peine d’amende, bientôt de prison. » (Franz-Olivier Giesbert, Le Point, 12 avril 2012)

Ce matin, en passant à proximité d’un immeuble d’habitation de mon quartier, un gardien à retraite m’a hélé : « Hé, tu vas voter Sarkozy dimanche ? ». Moi : « Je vais voter blanc ». Lui : « Mes c…lles ! Toi, ti vas voter pour Sarkozy ». Cet homme, citoyen tunisien (qui n’a jamais souhaité devenir citoyen français), qui vit en France depuis plus de 30 ans et qui ne maîtrise pas la langue française me reproche publiquement mon soutien à la droite républicaine. Les odeurs putrides qui s’exhalent des discours nauséeux diffusés par les médias ont eu l’effet escompté…

A la veille du second tour des présidentielles, je voulais partager avec vous mon profond désarroi face au climat délétère créé par les « élites républicaines » et les médias. La mare fangeuse dans laquelle se complaisent les partisans de la bien-pensance de gauche, pour ne pas la nommer, m’ont contraint à revoir le choix de mon bulletin de vote. En 2007, j’ai milité pour le président sortant dont les valeurs républicaines correspondaient à l’idée que je me fais de la République. Des erreurs politiques ont été faites mais le bilan de ces années n’est pas aussi négatif… mais ce n’est pas le sujet.

Que le discours du candidat socialiste trouve un écho favorable auprès de ses militants est tout à fait légitime mais que l’on couvre d’opprobre une partie non négligeable de l’électorat est proprement scandaleux. Une régression intellectuelle. Quand des militants de gauche fustigent des citoyens qui ont exercé leur droit de vote dans les urnes et les qualifient de sous-éduqués ne distinguant pas leur chaussure droite de leur chaussure gauche, de racistes, de fascistes, de nazis ou de lepenistes, c’est une infamie.

Quand j’étais doctorant, 95 % de mes collègues étaient de type caucasien et majoritairement des enfants de cadres ou d’enseignants. Le courage politique, c’est admettre que la gauche n’a rien fait pour intégrer ses enfants et maintient de fait une méritocratie fondée sur les origines sociales et… ethniques (les deux sont liées). Aucun gouvernement de gauche n’a fait preuve de volonté d’intégrer les enfants de l’immigration dans les écoles qui forment les élites républicaines. Une des pierres d’achoppement de la politique du gouvernement de Nicolas Sarkozy n’a-t-elle pas été la discrimination positive (rejeté par Jacques Chirac qui a plaidé pour la diversité sociale et culturelle dans les grandes écoles et l’entreprise) ? Une discrimination positive qui m’horripile. Et que dire des internats d’excellence destinés aux élèves méritants de milieux défavorisés ? Un outil d’intégration supplémentaire ou la violation d’un principe d’égalité république ? Que l’on soit favorable ou non à cette politique éducative, cette décision partait d’une bonne intention.

Oui, une partie de l’électorat s’extrêmedroitise mais à qui la faute ?

L’air du temps

Une campagne électorale est toujours un événement plein de promesses et d’espérances. Aux promesses du candidat à la fonction suprême répondent les faux espoirs des électeurs. La politique est une affaire de croyance, de foi parfaite en la parole d’un orateur. Pour son malheur celui-ci est souvent désavoué par ceux qui l’ont soutenu car l’exercice du pouvoir corrompt toujours celui qui s’en empare. Prendre des décisions politiques implique pour l’impétrant d’être impopulaire auprès d’une partie (importante ou non) de la population et donc des conséquences électorales.

Mais c’est oublié un peu vite l’air du temps. L’air du temps est comparable en bien des aspects à un tsunami… Il emporte tout sur son passage. Le droit de vote fait parti de ces points évoqués lors de la campagne qui sont dans l’air du temps. En 2005, Nicolas Sarkozy était favorable à cette idée. En avril 2012, il s’y oppose pour s’attirer les bonnes grâces de l’électorat le plus conservateur. De même, n’en déplaise aux bobos de la gauche bien pensante, c’est aussi la montée des extrêmes… mais pas si elle vient de sa gauche. Nul n’est épargné par l’air du temps et l’essentiel est d’en prendre conscience.